Alors que la crise de liquidité prend de l’ampleur en Guinée, les regards se tournent vers la gouvernance économique du pays. Dans un entretien accordé à Africaguinée.com, le président du Bloc Libéral, Dr Lansana Faya Milimouno, livre une analyse sévère de la situation et met en cause la gestion du Premier ministre Amadou Oury Bah. Pour lui, le pays est engagé dans une dérive financière qui pourrait avoir de lourdes conséquences sociales.
Un constat alarmant« Nous sommes aujourd’hui dans une situation critique », avertit Dr Faya d’entrée de jeu. Bien qu’il dise avoir longtemps respecté Amadou Oury Bah pour son engagement passé, il se montre aujourd’hui désillusionné face à la réalité de sa gestion en tant que chef du Gouvernement. Selon lui, le Premier ministre porte une responsabilité directe dans la crise actuelle, même s’il ne semble pas avoir la maîtrise des rouages de l’économie nationale.
Une gouvernance économique sans rigueurPour Dr Faya, l’origine de la crise est claire : un manque total de rigueur budgétaire et de planification. Il accuse le gouvernement de dépenser sans discernement, en particulier à l’occasion de déplacements officiels, où les fonds sont mobilisés sans tenir compte de la situation des finances publiques.> « On dépense l’argent dès qu’on le voit, sans réfléchir », déplore-t-il.Cette approche, qualifiée d’« irresponsable », a selon lui mené à une raréfaction des liquidités dans le système bancaire et à une perte de confiance généralisée dans les institutions financières du pays.
Une gestion solitaire et sans visionAu-delà des finances, Dr Faya dénonce une gestion centralisée, arrogante et fermée, menée par un petit cercle de dirigeants qui écarteraient toute forme de concertation. Malgré la présence d’hommes et de femmes compétents en Guinée, ceux qui détiennent aujourd’hui le pouvoir « estiment ne pas avoir besoin de consulter les autres », affirme-t-il. Il redoute que les conséquences de cette gestion ne soient si graves qu’elles feraient « regretter les années du CNRD comme aucun autre régime n’a jamais été regretté en Guinée ».
Le spectre de la planche à billetsFace à la pénurie actuelle, Dr Faya craint que le gouvernement opte pour une solution de facilité : l’injection de billets par la Banque centrale, autrement dit faire tourner la planche à billets. Cette mesure, bien que temporairement salvatrice, pourrait aggraver la situation en provoquant une dévaluation de la monnaie locale, une hausse généralisée des prix et une chute du pouvoir d’achat.
Une méfiance croissante vis-à-vis du système bancaireAutre symptôme inquiétant : la perte de confiance dans le secteur bancaire. Dr Faya souligne que de plus en plus de citoyens préfèrent retirer leurs fonds dès que possible et les conserver en dehors des circuits formels. Cette dynamique affaiblit encore davantage la capacité du système à répondre aux besoins de financement de l’économie.> « Il suffit de voir les opérations de virement du 1er au 5 dans une banque quelconque pour se rendre compte de la misère », affirme-t-il.
Vers une explosion sociale ?
Si rien n’est fait, les syndicats pourraient bientôt réclamer des augmentations salariales pour compenser la perte de pouvoir d’achat. Mais pour Dr Faya, ce type de réponse, aussi légitime soit-il sur le plan social, ne saurait résoudre le problème de fond, qui est d’ordre structurel.—En conclusion : une crise révélatrice d’un échec globalDr Faya Milimouno appelle à une réforme en profondeur de la gouvernance économique, fondée sur la concertation nationale, la transparence et le respect des règles de bonne gestion. À défaut, la Guinée risque de s’enfoncer dans une spirale de crises plus complexes, où les solutions de court terme ne feront qu’aggraver la situation.> « Ils vont chercher une solution, mais elle ne sera pas orthodoxe. »
Auteur : Rédaction | Basé sur un entretien accordé à lereveilplus224.com
Date : Juin 2025



