Présidentielle en Côte d’Ivoire : l’impératif d’éviter un retour aux heures sombres

À cinq mois de la présidentielle d’octobre 2025, la Côte d’Ivoire semble engagée sur une pente dangereuse. La publication, le 4 juin dernier, de la liste électorale définitive a déclenché une onde de choc dans le paysage politique. En cause : l’exclusion de plusieurs figures majeures de l’opposition, notamment Tidjane Thiam (PDCI-RDA), Laurent Gbagbo (PPA-CI), Guillaume Soro et Charles Blé Goudé. Une décision lourde de conséquences qui aggrave les tensions déjà perceptibles, plongeant le pays dans un climat de défiance et d’inquiétude.Ces radiations, justifiées par des raisons judiciaires ou administratives, sont perçues par une grande partie de l’opinion comme une stratégie d’exclusion politique, visant à verrouiller la compétition électorale.

La réaction de l’opposition ne s’est pas fait attendre. Le PDCI-RDA a sonné la mobilisation générale autour de son leader, Tidjane Thiam, affirmant sans détour : « sans Tidjane Thiam, il n’y aura pas d’élections ». Une grande marche est prévue à Abidjan le 11 juin pour réclamer des élections inclusives et transparentes.Dans un pays où les plaies des crises passées sont encore vives, ces tensions sont loin d’être anodines. Elles ravivent les douleurs d’une histoire récente marquée par la tragédie. Faut-il rappeler que la présidentielle de 2010, suivie d’une crise post-électorale, a coûté la vie à plus de 3 000 personnes ? Une décennie plus tard, la Côte d’Ivoire ne peut, ni ne doit, s’offrir le luxe d’un retour aux affrontements.Pourtant, les discours qui montent des deux camps sont inquiétants. Le PPA-CI de Laurent Gbagbo appelle à la « résistance déterminée ». Guillaume Soro et Charles Blé Goudé accusent le régime d’avoir organisé leur exclusion dans un dessein clairement politique. L’escalade verbale, amplifiée par les réseaux sociaux, fait planer le spectre d’un affrontement généralisé.

L’histoire récente de notre pays devrait pourtant servir de boussole. Rien, absolument rien, ne justifie qu’un processus électoral se transforme en machine de division et de violence. L’élection présidentielle devrait être un moment de démocratie, d’expression libre et apaisée du suffrage populaire. Malheureusement, le climat actuel laisse entrevoir l’inverse.Il est encore temps de reculer avant l’irréparable. La paix est une construction fragile qui exige du courage politique, du dialogue sincère et un sens aigu de la responsabilité.

Le Conseil constitutionnel, la Commission électorale indépendante, les leaders politiques et la société civile ont un rôle fondamental à jouer pour garantir un processus crédible, transparent et inclusif.La Côte d’Ivoire mérite mieux que des élections contestées, entachées de violences et d’exclusions. Elle mérite une démocratie véritable, où la confrontation d’idées supplante celle des rancœurs. La paix n’est pas une option. Elle est une nécessité vitale.

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