Boké : l’ingéniosité des habitants de Lanbandji pour sortir de l’isolement

BOKÉ – Dans le quartier Lanbandji, au cœur de la commune urbaine de Boké, la vie quotidienne est marquée par une épreuve constante : l’enclavement. Coupés du centre-ville en raison de l’absence d’un véritable pont, les habitants, las d’attendre les promesses non tenues, ont décidé d’agir par eux-mêmes.

Faute de voir le nouveau pont promis par les autorités se concrétiser, des jeunes des secteurs de Mandorya, Kissassy et M’Bappaya ont retroussé leurs manches pour réparer l’ancien ouvrage en bois, devenu fragile au fil du temps. À la force de leurs bras et avec des moyens rudimentaires, ils tentent de redonner vie à ce passage vital reliant leurs communautés au reste de la ville.

Une solidarité née de la détresse

Cette initiative citoyenne est bien plus qu’un simple chantier de fortune : elle symbolise la résilience et l’ingéniosité d’une population décidée à ne plus subir l’oubli. Pour beaucoup, l’enclavement est devenu insoutenable. Les élèves peinent à rejoindre leurs écoles, les commerçantes voient leurs activités ralenties, et les prix du transport explosent. « Trois secteurs se trouvent de l’autre côté de la rive. Depuis la rentrée, les élèves ont du mal à aller à l’école et les femmes vendeuses sont coupées du grand marché. Aujourd’hui, il faut parfois payer jusqu’à 40 000 francs pour se déplacer, alors que les travaux du nouveau pont sont à l’arrêt depuis longtemps », déplore Mamadou Saliou Kéita, président du conseil de quartier de Lanbandji.

Un pont chargé d’histoire

Pour les anciens du quartier, cette situation n’a rien de nouveau. Le vieux pont en bois, construit il y a plus d’un demi-siècle, a toujours été le seul lien entre les communautés séparées par la rivière. « Depuis 55 ans, nous traversons sur ce pont. Elhadj Mamadou Sylla avait déjà financé sa réhabilitation il y a quelques années, mais aujourd’hui, nous sommes encore obligés de bricoler pour que nos enfants puissent aller à l’école. Nous manquons de moyens, c’est pourquoi nous lançons un appel à l’aide aux autorités et aux sociétés minières », confie Abdoulaye Minté, chef du secteur de Kissassy.

Une précarité paradoxale dans une zone économique spéciale

L’initiative des habitants, aussi admirable soit-elle, ne peut masquer la fragilité de leur situation. À chaque saison pluvieuse, la structure menace de céder, risquant d’emporter avec elle les efforts communautaires.

Ce contraste est d’autant plus frappant que Boké, désignée Zone Économique Spéciale, abrite certaines des plus grandes sociétés minières du pays. Pourtant, ses habitants peinent encore à bénéficier d’infrastructures de base fiables. En attendant un véritable engagement des autorités locales et des entreprises implantées dans la région, les citoyens de Lanbandji continuent, seuls, à bâtir des passerelles – au sens propre comme au figuré – entre l’abandon et l’espoir.

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