BAMAKO – Le bras de fer entre l’État malien et le groupe canadien Barrick Mining a franchi un nouveau cap. Le tribunal de commerce de Bamako a décidé, lundi 16 juin 2025, de placer la mine d’or de Loulo-Gounkoto – la plus grande du pays – sous administration provisoire pour une durée de six mois, invoquant la nécessité de « protéger les intérêts économiques nationaux ».La junte militaire, au pouvoir depuis les coups d’État de 2020 et 2021, avait sollicité cette mesure pour relancer les activités d’extraction, à l’arrêt depuis janvier dernier, sur ce site stratégique situé à l’ouest du pays.
Le complexe minier, parmi les plus riches en or du continent, est détenu à 80 % par Barrick et à 20 % par l’État malien.

Un climat de tension
L’État malien accuse le groupe canadien de ne pas avoir rempli ses obligations fiscales et dénonce des pratiques d’évasion à travers des comptes offshores. En avril, les services fiscaux avaient fermé les bureaux de Barrick à Bamako. Début janvier, l’armée malienne avait saisi trois tonnes d’or sur le site, provoquant l’arrêt temporaire des opérations. Depuis novembre, quatre employés maliens de la société sont en détention. Dans un communiqué publié lundi, Barrick a confirmé avoir perdu le contrôle opérationnel de la mine, tout en maintenant son intention de résoudre le différend par une procédure d’arbitrage international auprès du Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), basé à Washington.

L’enjeu de la souveraineté économique
Ce conflit illustre la volonté des autorités maliennes de renégocier les conditions d’exploitation des ressources naturelles, dans un contexte où l’or représente environ 25 % du budget national. En 2024, le Mali a réformé son code minier, augmentant les exigences fiscales et réglementaires pour les entreprises étrangères.« L’objectif est d’éviter une fermeture brutale de la mine en l’absence d’un accord révisé », a déclaré à l’AFP une source proche du dossier. Zoumana Makadji, nommé administrateur provisoire, devra rouvrir la mine et assurer la continuité des activités.
Une négociation sous haute tension
Barrick affirme avoir déjà versé 85 millions de dollars aux autorités maliennes dans le cadre de négociations et déclare vouloir une « solution constructive et mutuellement acceptable ». Mais la défiance entre les deux parties demeure. D’ici six mois, le tribunal de commerce évaluera les avancées des discussions pour décider de la suite à donner : restitution du site, prolongation ou nationalisation partielle. Le cas de Loulo-Gounkoto pourrait faire jurisprudence, alors que la junte entend reprendre le contrôle sur les revenus stratégiques de l’économie malienne, dans un pays classé parmi les plus pauvres au monde.
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