Iran : la guerre contre Israël sert de prétexte à une répression intérieure brutale

Depuis le déclenchement du conflit armé entre Israël et l’Iran le 13 juin 2025, Téhéran intensifie les arrestations d’opposants, les accusant de collaborer avec l’État hébreu.

Une répression qui s’inscrit dans une stratégie d’intimidation plus large, selon plusieurs ONG et experts.

TÉHÉRAN – Dans l’ombre des frappes israéliennes, un autre front s’est ouvert en Iran : celui de la répression intérieure.

Depuis le lancement de l’opération militaire israélienne Rising Lion, les autorités iraniennes ont procédé à plus de 220 arrestations sous prétexte de lutte contre l’espionnage.

Deux opposants – Mohammad-Amin Mahvadi et Majid Mosayebi – ont été exécutés ces derniers jours, accusés d’avoir collaboré avec le Mossad.

Des arrestations quotidiennes sont rapportées à travers tout le pays : de Téhéran à Hamedan, en passant par Ispahan et le Kurdistan iranien. Le motif d’« espionnage pour Israël » revient systématiquement, même si les faits reprochés sont souvent flous : incendies, comportements suspects près de sites militaires ou simple activité sur les réseaux sociaux. « Si quelqu’un collabore avec le régime sioniste, il doit être puni et exécuté rapidement », a affirmé le chef du pouvoir judiciaire Gholamhossein Mohseni-Ejei, illustrant la radicalisation du régime.Une peur nourrie par des années d’infiltration.

Selon des révélations du New York Times et du quotidien Haaretz, l’opération israélienne aurait été rendue possible par plusieurs années d’espionnage en profondeur, mené par des agents infiltrés et des Iraniens enrôlés par le Mossad. Des frappes ciblées ont notamment éliminé plusieurs scientifiques et responsables militaires le 13 juin. Cette efficacité israélienne a mis à nu des failles dans le système sécuritaire iranien, alimentant ce que l’historien Jonathan Piron appelle une « paranoïa du pouvoir », que le régime exploite pour renforcer sa mainmise sur la société.

Répression tous azimuts : la société civile étouffée

ONG et défenseurs des droits humains dénoncent une instrumentalisation du conflit pour faire taire l’opposition. Le simple fait d’avoir partagé une rumeur ou exprimé un désaccord en ligne peut mener à l’arrestation. Selon l’ONG Hrana, 206 personnes ont été interpellées pour des publications sur Internet, tandis que l’accès au réseau est régulièrement coupé sous prétexte de cyberattaques israéliennes. « L’Iran utilise la peine de mort comme outil politique », dénonce Amnesty International, qui appelle à des garanties minimales de procédure pour les détenus, même en période de guerre.Silence dans les rues, peur dans les espritsDepuis le début des hostilités, les mouvements de contestation se sont tus. La population, éprouvée par les bombardements et la peur des représailles, semble tétanisée. Les appels à la mobilisation lancés par certains mouvements étudiants ou figures de l’opposition, comme la prix Nobel Narges Mohammadi, n’ont pour l’heure rencontré que peu d’écho. « La contestation reste vive dans les esprits, mais les gens sont concentrés sur leur survie », souligne Jonathan Piron.

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