Abidjan, le 30 juillet 2025 – Le voile est levé. Après plusieurs mois de spéculations, Alassane Ouattara, président de la République de Côte d’Ivoire depuis 2010, a confirmé ce mardi 29 juillet sa candidature à un quatrième mandat à l’élection présidentielle prévue le 25 octobre prochain. Une annonce attendue, mais qui cristallise déjà les tensions politiques dans un climat marqué par des enjeux sécuritaires, juridiques et diplomatiques.
Une candidature sans alternative pour le RHDP
Pour de nombreux observateurs, cette décision n’est pas une surprise. Le politologue ivoirien Geoffroy-Julien Kouao estime que « le RHDP n’avait pas d’autre candidat que Monsieur Ouattara ». À trois mois du scrutin, le parti présidentiel semble pris de court par l’absence de relève crédible, contraignant son leader historique à repartir une nouvelle fois à la conquête du pouvoir. Le président justifie son choix par les défis majeurs auxquels fait face le pays, notamment en matière de sécurité, d’économie et de stabilité régionale.
Le spectre du terrorisme en toile de fond
Dans son discours, Alassane Ouattara a évoqué la montée des menaces terroristes en Afrique de l’Ouest comme un des moteurs de sa candidature. La Côte d’Ivoire a été elle-même victime d’une attaque djihadiste à Grand-Bassam en 2016 et reste vulnérable dans ses zones frontalières avec le Mali et le Burkina Faso. Pour le chef de l’État, ces risques justifient une continuité au sommet. Une position qui ne convainc pas l’opposition, qui y voit un prétexte masquant une volonté de se maintenir au pouvoir au mépris de l’alternance démocratique.
Une opposition en ordre dispersé
Le retour d’Alassane Ouattara rebat les cartes du paysage politique. Le front commun récemment formé entre les deux grandes figures de l’opposition, Laurent Gbagbo (PPA-CI) et Tidjane Thiam (PDCI-RDA), pourrait devenir le principal contrepoids. Cependant, cette alliance peine à se structurer. Une grande marche prévue le 2 août à Abidjan a été interdite par les autorités, signalant déjà une montée de la tension pré-électorale.
Quant à leurs candidatures respectives, elles restent incertaines. Tidjane Thiam exclut tout « plan B », tandis que le PPA-CI est traversé par des dissensions internes. L’annonce surprise d’une candidature de précaution d’Ahoua Don Mello, pourtant désavouée par sa propre formation, illustre les tiraillements au sein de l’opposition.
Une campagne aux allures de monologue ?
La perspective d’une élection sans les trois grandes figures historiques que sont Henri Konan Bédié (décédé en 2023), Laurent Gbagbo (dont la candidature est contestée) et Tidjane Thiam (encore incertain), pourrait faire de cette présidentielle un moment singulier. Comme le souligne Kouao, « pour une première fois, nous aurons une élection avec un seul de ces ténors, ce qui enlève toute saveur à cette élection ».
Une annonce en guise d’écran de fumée ?
La coïncidence entre l’annonce de candidature d’Alassane Ouattara et la montée des tensions diplomatiques avec le Burkina Faso alimente les soupçons. La mort en détention à Abidjan de l’influenceur burkinabé Alino Faso a provoqué une vague d’indignation à Ouagadougou. Pour Kouao, cette sortie médiatique présidentielle pourrait aussi être « une stratégie de communication » pour détourner l’attention d’une crise bilatérale embarrassante.
Une bataille qui s’annonce sur tous les fronts
La candidature d’Alassane Ouattara relance une confrontation à la fois politique, juridique et sociale. Dans un contexte de crispation régionale, la Côte d’Ivoire entre dans une zone de turbulences politiques à fort potentiel de déstabilisation. Reste à savoir si le débat électoral pourra s’ouvrir pleinement ou s’il sera étouffé par une logique de verrouillage institutionnel et sécuritaire.
À trois mois du scrutin, l’incertitude domine. Une chose est sûre : le duel annoncé entre continuité et alternance s’annonce âpre. Mais encore faudra-t-il que tous les acteurs puissent y participer pleinement.
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