Madagascar : le colonel Michael Randrianirina, le nouvel homme fort de la Grande Île

Antananarivo, 14 octobre 2025Un nouveau visage vient d’émerger à la tête de Madagascar : celui du colonel Michael Randrianirina, 51 ans, désormais considéré comme l’homme fort du pays après la destitution du président Andry Rajoelina. Ce mardi, la Haute Cour constitutionnelle l’a désigné comme nouveau chef de l’État, marquant ainsi un tournant majeur dans la vie politique de la Grande Île.

Un militaire à la carrière bien remplie

Originaire de la région d’Androy, dans le sud du pays, le colonel Randrianirina a gravi les échelons de l’armée malgache au sein du CAPSAT (Corps d’appui à la protection des institutions), une unité d’élite qu’il a dirigée pendant plusieurs années. Il a également commandé le bataillon d’infanterie de Tuléar, dans le sud-ouest, et occupé des postes à la tête de plusieurs unités militaires.

Proche de l’ancien président Hery Rajaonarimampianina (2014–2018), il a même exercé un temps comme chef de région à Androy. Mais ces dernières années, il s’est distingué par ses critiques envers le régime d’Andry Rajoelina, qu’il accusait de dérives autoritaires. En 2023, il a d’ailleurs été placé en résidence surveillée pour « atteinte à la sûreté de l’État », avant d’être libéré début 2024, avec un an de prison avec sursis.

De la contestation à la prise du pouvoir

Le basculement s’est produit après la fuite du président Rajoelina et la destitution prononcée par l’Assemblée nationale. Ce mardi 14 octobre, le CAPSAT, sous la direction du colonel Randrianirina, a annoncé « prendre le pouvoir » tout en affirmant vouloir préserver certaines institutions. « On va prendre le pouvoir à partir d’aujourd’hui et on dissout le Sénat et la Haute Cour constitutionnelle. L’Assemblée nationale, on la laisse continuer à travailler », a-t-il déclaré devant le palais présidentiel d’Antananarivo.

Face aux accusations de coup d’État, le colonel Randrianirina se défend : « L’armée a répondu à l’appel incessant du peuple malagasy. Le pouvoir appartient au peuple, pas à moi », a-t-il insisté devant les journalistes.Il affirme vouloir « restaurer l’ordre et répondre aux aspirations du peuple », tout en promettant la formation d’un gouvernement civil et la tenue d’élections dans un délai de 18 à 24 mois.

Un pouvoir à trois têtes

Le nouveau régime semble s’organiser autour d’un triumvirat militaire composé du colonel Michael Randrianirina, du général Démosthène Pikulas, nouveau chef d’état-major des armées, et du général Nonos Mbina Mamelison, nommé récemment à la tête de la gendarmerie nationale.Tous trois, originaires du sud du pays, sont considérés comme les principaux artisans du renversement du régime Rajoelina. Leur première mission : rétablir la cohésion entre les différentes branches des forces de sécurité, notamment après les affrontements qui ont opposé armée et gendarmerie durant les derniers jours du précédent pouvoir.

Une transition encore incertaine

Le colonel Randrianirina a promis de nommer prochainement un Premier ministre chargé de former un gouvernement d’union nationale. Son discours se veut rassurant : retour à l’ordre, respect du peuple, et promesse d’élections.

Mais pour de nombreux observateurs, la situation demeure fragile. La Grande Île, déjà marquée par de multiples crises politiques ces deux dernières décennies, entre dans une nouvelle phase de transition dont l’issue reste incertaine.

Le colonel Michael Randrianirina, inconnu du grand public il y a encore quelques mois, devient ainsi l’incarnation d’un changement de pouvoir à la malgache, entre promesse de stabilité et risque d’un nouvel épisode d’instabilité politique.

TV5

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